Le leadership est-il accessible à tous ?


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Le leadership est-il accessible à tous ?

Depuis près de dix ans, Nathalie Ducray est coach, à Paris et à Londres. Experte en executive et team coaching, elle accompagne les entreprises et leurs collaborateurs autour de la conduite du changement, du management ou encore de l’équilibre vie privée/vie professionnelle. Spécialiste également du leadership, elle nous explique son importance et ses mécanismes en entreprise, avant de nous dévoiler qui peut « leader » et pourquoi.

MoovOne : Qu’est-ce que le leadership ?

Nathalie Ducray : Souvent, le terme leadership est utilisé pour décrire la capacité d’un individu à diriger un groupe. Or, c’est davantage une capacité à influencer, fédérer, rassembler en vue de la réalisation d’un objectif commun. Le terme leadership est parfois utilisé comme synonyme de management or les deux sont différents. En effet, un leader peut faire partie d’une organisation sans pour autant occuper un poste de manager. Le leader peut, au sein du groupe, influencer, orienter et donner de l’impulsion. J’aime particulièrement une citation d’Antoine de Saint-Exupéry qui définit bien ce qu’est le leadership : « Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. » C’est la capacité à influencer et à inspirer plus qu’à organiser.

Pourquoi est-ce autant d’actualité ? Pourquoi veut-on des leaders ?

John Kotter (professeur à la Harvard Business School et expert du leadership et du changement, ndlr) a notamment écrit un article publié dans la Harvard Business Review qui explique bien que le leadership se distingue du management. La réponse est là. En effet, le management gère la complexité, et on a longtemps été dans une période de croissance (industrialisation, organisation de nouvelles structures, etc.). Le leadership, lui, gère le changement. Et nous sommes en plein dedans. L’entreprise est en demande de leaders parce qu’ils donnent la vision et le sens. Ils impulsent et montrent où il faut aller dans un environnement de plus en plus incertain.

Comment reconnaît-on un leader ? Ou un talent qui a un potentiel de leader ?

Ce n’est pas le plus facile parce que le leadership, c’est très subjectif. Si on demande à deux personnes leurs critères pour l’évaluer, il est fort possible que nous obtenions mêmes des réponses différentes. Il n’y a pas de cases à cocher. Puis, c’est également très culturel. Une étude, réalisée par l’EDHEC Business School, il y a quelques années, montre qu’en France les mots associés spontanément au leader sont « charisme », « vision » et « management ». Dans d’autres pays, comme en Allemagne ou en Suède, « participatif » (qui s’appuie sur l’intelligence collective, ndlr) arrive en tête. Seth Godin, un entrepreneur américain, a écrit un livre, Tribes : we need you to lead us, qui illustre bien cette idée. En effet, il a interviewé de nombreux leaders à travers le monde et on voit bien qu’ils n’ont rien en commun, si ce n’est un point : le désir, l’envie et la volonté de leader. Cela ne veut pas dire que c’est inné ou qu’il y aurait un gène du leadership, ce n’est pas le cas. Ce sont parfois des circonstances particulières qui créent le leader.

Que vous demande une entreprise lorsqu’elle vous sollicite pour faire gagner ses équipes en leadership ? Comment formule-t-elle sa demande ?

Généralement, l’entreprise demande au coach de développer le leadership de ses collaborateurs sans entrer dans les détails. Le moment clé, c’est une fois qu’on est avec les personnes coachées et qu’on identifie avec elles ce qui doit être développé. Etant donné que tous les leaders sont différents, certains ont besoin de travailler la confiance en soi, l’assertivité ou l’intelligence relationnelle, quand d’autres doivent renforcer la gestion de leur émotion ou la communication…
En tant que coach, il faut arriver à déterminer le type de personne qu’on a en face de soi, savoir si celle-ci veut leader ou non par exemple. Ensuite, nous travaillons les points qu’elle a besoin de développer pour affirmer son leadership. Et le troisième élément essentiel, c’est de faire découvrir au coaché son style de leadership (situationnel, organisationnel, transformationnel…).

Il existe donc plusieurs styles de leadership. De quoi est-il question ?

Dans le cadre du leadership situationnel par exemple, on distingue les styles directif, délégatif, persuasif et participatif. On a naturellement un style plus développé que les autres, mais l’enjeu est de prendre conscience que selon les situations, on doit changer de posture. Par exemple, sur un voilier, il est admis que le capitaine est le leader. Il a un style persuasif, donne du sens et explique la direction à suivre. Mais lorsqu’il y a une tempête, il faut un seul capitaine à bord qui donne des ordres. On passe alors sur du directif. Quand tout va bien, sur une mer calme, on peut faire du délégatif et laisser les commandes pendant un temps donné.
Un bon leader, c’est une personne épanouie dans son style. L’important est donc d’identifier le sien, mais aussi d’explorer si besoin les autres styles de leadership, d’élargir sa gamme. Le leader est en mesure de se remettre en question et d’agir différemment de ce qu’il sait faire naturellement.

Peut-on tous être des leaders ?

Est-ce que le leadership est accessible à tous ? Non. Mais en a-t-on chacun le potentiel ? Oui. Parce qu’on peut tous, à un moment donné, avoir envie d’être leader, c’est-à-dire d’être la locomotive, sans avoir le titre de manager. Pourquoi ? Parce que le leadership nécessite plus d’intelligence émotionnelle et sociale que le management, même si celui-ci en nécessite beaucoup par ailleurs. Ces compétences, c’est prouvé, se développent à tout âge. Il faut la volonté de le faire.

Mais les entreprises aident surtout les cadres-dirigeants et les managers intermédiaires à monter en leadership, rarement les opérationnels, non ? Alors comment développer le leadership des non managers ?

Effectivement, dans les entreprises traditionnelles, « l’effort leadership » est plutôt porté sur les gens qui ont un titre. Et c’est déjà bien parce que je vois souvent des coachés qui n’ont pas forcément choisi à la base d’être manager et de leader. C’est important que la structure investisse sur ces personnes-là et que celles-ci soient formées. Dans l’entreprise libérée, on laisse le leadership à tout un chacun. C’est donc une manière de le répandre et de le faire circuler dans l’entreprise.
Ensuite, un bon leader, manager ou dirigeant, est celui qui aide les autres à développer leur leadership. Il a la possibilité de le faire émerger dans son équipe. S’il y parvient, il fait grandir ses collaborateurs et en bénéficie directement puisqu’il sera plus riche d’idées et d’initiatives. Les obstacles demeurent l’égo et la peur. Un manager leader peut freiner le développement de ses collaborateurs s’il craint d’être évincé de son poste. Lors d’un coaching, un directeur m’a confié qu’il ne serait pas efficace tant que son égo serait au centre de son style de management. Une fois que l’on a compris cela, on est alors prêt à changer sa dynamique relationnelle aux autres.

Peut-on perdre son leadership ? Et comment le retrouver ?

On peut perdre son leadership à un moment clé, sans pour autant perdre sa capacité à leader. Soit parce que le groupe a besoin d’un style différent ou de quelqu’un d’autre. Soit parce qu’on a érodé sa capacité à leader. En effet, on a abordé tout à l’heure l’importance de l’intelligence émotionnelle (IE) dans le leadership. Eh bien, une étude américaine a montré que les managers intermédiaires sont ceux qui ont le plus fort taux d’IE, tandis qu’en bas de tableau se trouvent les CEO. Car quand on est dans une tour de verre et qu’on a moins de feedbacks, on peut perdre sa capacité à se remettre en question. Le risque étant de perdre son leadership. Les CEO perdent de l’IE. Une bonne raison pour les CEO de bénéficier d’un Coaching !

Tags:
Leslie Tedgui
leslie.tedgui@moovone.fr

Chief Marketing Officer

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